Blog de Catherine Pierdat, auteure

31. déc., 2021

Lièvre et lapin

Lièvre et lapin sont des animaux lunaires. Que ce soit aux Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique, partout dans le monde, ils sont associés à la lune. On les voit dans les taches sombres que présente l’astre de la nuit. En témoigne la comptine de notre enfance :
 
J’ai vu dans la lune
Trois petits lapins
Qui mangeaient des prunes
En buvant du vin.
 
Néanmoins, ce lapin de la lune est aussi relié à la Déesse Terre et au monde souterrain car creuseur de galeries, il vit dans des terriers. Dans nos cimetières ruraux où il élit fréquemment domicile, il n’est pas rare de le voir surgir d’une vieille tombe. Sa faculté de procréation en fait un symbole de fécondité associé à la lune et à sa puissance fécondante qui régit la végétation, les eaux et le cycle menstruel des femmes [1].
Son nom latin, cuniculus, est peut-être d’origine ibérique. L’Espagne, 1000 ans avant notre ère, pullulait de lapins. Les Phéniciens l’appelaient I-Saphan-Im, littéralement le pays des damans, petits mammifères qui ressemblent aux lapins et qu’ils ont cru reconnaitre. I-Saphan-Im devint avec les Romains Hispania [2]. Varron (116-27 av. J.-C.) donne cette étymologie :
« Les lapins, cuniculi, ont pris leur nom au fait qu’ils ont coutume de creuser eux-mêmes des souterrains, cuniculos, pour se cacher dans les champs. » [3]
Pour Isidore de Séville (VIIe s.), cuniculus serait une déformation de caniculus, le petit chien. Il faut effectivement des chiens de petite taille pour débusquer les lapins dans leurs terriers.
Lepus, le lièvre, aurait pour origine le mot grec leporis.
Naturellement craintif, le lièvre est associé à la peur. L’expression détaler comme un lièvre (ou un lapin) évoque cette peur, mais être fou comme un lapin fait allusion à la lubricité de l’animal. La patte de lapin est connue pour être un puissant porte-bonheur.